lundi 1 juin 2009

Sans voix



Je passe la fin de semaine toute seule chez moi. Pour une fois, je m'arrête. Je regarde. Je déambule le jour dans la foule de la Fête des fleurs menacée par les nuages, je me fais engueuler par un quidam parce que je photographie les enfants. Les clowns, aussi, et la foule heureuse, la vapeur des saucisses qui cuisent sur les grills, les ballons que les mômes échappent dans le ciel, les étals en noir et blanc, les costumes, les mains des couples, un ou deux sourires en biais, une ambiance. Il me demande si je suis journaliste et de quel droit je me permets de clichotter les gens sans leur autorisation. Il gesticule près de mon visage tout en continuant à marcher à mon rythme. Il n'est pas fou, il n'est pas saoul, il est juste vindicatif et apeuré par ce que je pourrais faire de ces photos. J'ai l'étui en bandoulière, la ganse enroulée autour du poignet, j'ai mes souliers plats, mon vieux jeans, je viens de me taper deux oeufs bacon et je marche, vous savez, juste avec mon regard et mon envie de jouer avec la lumière, les ombres, les bouclettes d'une mioche craquouillante et les pieds nus de la dame sur les rouleaux de pelouse que la patronne du Fou Bar a mis dans le milieu de la rue.

Après l'esclandre, je range l'appareil dans sa housse. Je vais m'acheter un capri pour travailler dans la rivière et deux autres pour travailler dans les livres. Puis je vais au gym en repensant à ce que l'homme chauvasse m'a dit sur les photos. En rentrant, je décide de prendre les façades et les lumières indiscrètes des intérieurs à peine cachés. Les portes qui donnent sur des scènes qu'on ne peut qu'inventer. J'ai trop envie de jouer avec la lumière, les ombres, et les bouclettes que j'imagine voler derrière une porte close, illuminées par un réverbère derrière un store à demi fermé.