Je déteste cet hôtel. Il y fait sombre comme en plein hiver même quand le soleil frappe la façade. Il n'y a que des vues sur parking ou sur la piscine tristounette et son jardin de béton. Les tapis aux motifs improbables sont tachés et élimés, les papiers-peints jaunâtres barriolés de beige décollent dans le haut des murs, les carreaux de la douche sont craquelés. Dans l'air flotte une odeur d'antiseptique bon marché, un mélange de javel et d'arôme floral écoeurant qui colle aux vêtements et aux poils des narines. Le réceptionniste a une dégaine de nerd avec sa mèche léchée sur le côté; il a la lippe molle et des graines d'amande entre les dents, sa chemise blanche à moitié transparente bouffe disgracieusement hors de ses pantalons à pinces. Il est froid comme s'il ne me connaissait ni d'Ève ni d'Adam alors que je viens ici tous les mois à mon corps défendant. Il a de longs doigts trop fins qui pianotent sur le clavier en faisant tic-tic comme les ongles des coiffeuses lorsqu'elles nous écorchent le crâne. J'en frissonne de dégoût. Moi aussi, j'ai déjà oublié son prénom.
Le veilleur de nuit me reluque d'un air égrillard quand j'entre de souper. Je passe vite devant la réception pour ne pas qu'il m'interpelle. Il est heureusement au téléphone. À minuit, il m'appelle pour savoir si je veux une tisane. Heu... Non. Merci. Il ajoute qu'il serait ravi de venir me réveiller à la fin de son quart de travail si j'ai besoin d'un "wake up call" personnalisé. Crétin.
J'entends le voisin du dessus pisser et péter, les portes claquent trop fort en se refermant sur les gros bonhommes à moustaches. Une aile entière est constamment prise d'assaut par des jeunes adolescents ivres, des pompiers en congrès (ivres), des joueurs de hockey (ivres) qui se lancent la balle dans le corridor et ramènent du bar d'à côté des filles qu'ils embrassent en bavant trop contre les cadres de portes. Ils les poussent ensuite sur les deux lits queen en laissant la porte ouverte. Leurs souliers pêle-mêle dans l'entrée à travers les bouteilles de bière vides. J'entends leurs rires et leurs soupirs. Les ahanements d'une jouissance brève qui m'excite si peu.
À 7h30 du matin, les femmes de chambre entrent après un demi-coup frappé de la jointure, mais à 9h elles sont toutes affalées dans le lobby avec leur uniforme informe et leurs mèches oranges, les pieds chaussés de Hush Puppies beige aux semelles anti-dérapantes. Elles échangent des recettes à la crème de champignons Aylmer et des ragots en feuilletant les revues à potins. Pas une ne se lève pour ouvrir la porte aux voyageurs croulants sous les valises. Elles doivent se venger d'avoir à changer des draps pleins de spermes ou de sang et de ramasser des poils dans les douches et les lavabos. Sans parler des condoms tirés sous les lits, des kleenex, reste de marijuana, de coke, d'huile à massage et de lubrifiant sur les tables de chevet, des ronds de vin rouge à nettoyer sur les bureaux et des sacs graisseux abandonnées dans les corridors, qui vomissent les restes de frites, d'ailes de poulet et de chow-mein insipide. L'humanité dans toute sa splendeur.
Dans la salle de bain, une affichette dit: "Vous avez oublié quelque chose? Du calme. Il se peut bien que nous ayons ce qu'il vous faut". Tu parles. Ce qu'il me faudrait, c'est avoir le choix d'être ailleurs qu'ici.
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4 commentaires:
Aark! Moi, je mange chaque lundi soir dans le seul restaurant d'un village perdu où j'enseigne. La bouffe est chaque semaine insipide mais je continue à y aller pour l'heure de tranquilité que cet endroit me procure. Au fil des semaines, j'ai cultivé une certaine curiosité envers ce qu'on va bien pouvoir avoir inventé au menu du jour. Croquettes de jambon haché. Curry en sachet. Trio de salades à la mayonnaise... Heureusement, la serveuse est charmante et elle ne demande jamais si c'est bon...
:0)
Curry en sachet... mouais. Je te trouve bonne de persévérer. Je pense que j'apporterais mon lunch et que je mangerais dans ma classe...
N’ayant pu, malgré mes démarches en ce sens, faire valoir mes droits en justice - j’ai en effet contacté des responsables, des institutions et personne n’a pour l’instant voulu m’apporter son soutien, pourtant nécessaire. Cela a eu toutefois le mérite de faire passer un petit peu mon témoignage - j’ai donc décidé de faire un scandale, le plus énorme possible et c’est pourquoi je fais circuler l’adresse de deux blogs que, pour l’instant, j’ai pu publier à la suite de ces démarches infructueuses, dans l’espoir qu’à force de tapage, cela suscite suffisamment d’interrogations de la part des gens pour que je puisse enfin voir les faits que je relate au moins examinés par la justice et être entendue. C’est tout ce que je demande.
http://blog-etc-temoignage.blogspot.com/
http://swaplitteraire-nina.blogspot.com/
Modestine est énorme, en ce moment, mais on peut se serrer un peu et te faire une place. Y a pas de papier peint.
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